De quel génocide la colonisation de l’Algérie est-elle le nom ? Problématique de l’écriture de l’histoire de la colonisation en Algérie
Résumé
La colonisation de l’Algérie, première colonisation de peuplement européenne d’un pays frontalier, africain et musulman par la France, se distingue par l’ampleur des violences destructrices de son processus de colonisation et de décolonisation. Malgré son importance historique, elle reste sous-étudiée, notamment en ce qui concerne le rôle du peuplement invasif, la question de la terre et les formes de racialisation. Un biais francocentrique dominant entrave la recherche, ignorant les apports théoriques internationaux sur la colonisation de peuplement, le génocide et le racisme systémique.
Cet article expose les biais francocentristes dominants qui orientent aujourd’hui la recherche historique et lui fixent ses cadres et ses perspectives empêchant l’ouverture vers des savoirs autres notamment ceux venant de pays et de peuples ayant vécu des expériences similaires à ceux de l’Algérie. Cette fermeture épistémologique volontairement entretenue en France au niveau universitaire et éditorial s’agissant notamment de l’histoire de la colonisation, a rendu pratiquement impossible depuis la fin des années 1970 la prise en compte des avancées théoriques remarquables telles que le courant des Subaltern Studies réunissant des chercheurs autour de Ranajit Guha et promouvant une histoire non-élitaire, restituant aux subalternes leur rôle d’agents historiques produisant leur propre savoir de libération ; de même l’historiographie française est restée étrangère aux avancées des chercheurs outre-Atlantique sur la question de la colonisation de peuplement (Settler Colonial Studies) champ de savoir spécifique, ayant en sa centralité la lutte pour la terre engendrant une logique d’élimination en tant que dynamique centrale de remplacement d’un peuple par un autre; avancées qui ont remis au cœur du débat historique la question du génocide en réactualisant la pensée de Raphael Lemkin tout en redonnant force d’analyse au sous concept de génocide culturel et en élargissant le champ de son applicabilité à la colonisation.
Pour toutes ces raisons cette étude pose les conditions et préalables théoriques vers une véritable décolonialité de l’histoire prolongeant ainsi l’appel lancé par feu Mohamed Cherif Sahli en 1964 déjà, pour une « révolution copernicienne dans le champ des études historiques. Défranciser l’histoire de la colonisation, remettre les Algériens au cœur de leur histoire, mobiliser les cadres d’analyse appropriés issus des savoirs décoloniaux, tels sont les enjeux qui s’imposent aux historiens algériens de la période coloniale.
Mots-clés : Colonisation, Génocide, Colonisation de peuplement, défrancisation.






