Le traité d’alliance entre Amaury Ier et al-Adid au Caire en 1167: aspects culturels et enjeux idéologiques d’un serment au temps des croisades
Résumé
Durant la seconde moitié du XIIe siècle, les affrontements entre les États latins d’Orient et la dynastie zenguide s’intensifient. Après la reprise d’Édesse en 1151, ces derniers règnent désormais sur la majeure partie du Proche-Orient et tournent leurs ambitions vers l’Égypte fatimide. Pour éviter l’émergence d’une puissance susceptible d’encercler totalement le royaume latin de Jérusalem, le roi Baudouin III, puis son successeur Amaury Ier, choisissent de s’allier au califat fatimide.
Cet article analyse la cérémonie qui se tient au Caire en 1167 entre le roi latin Amaury Ier de Jérusalem, représenté par Hugues de Césarée, et le calife fatimide Al-Adid. Dans le cadre de la conclusion d’un pacte d’assistance, le calife est contraint de prêter serment à l’émissaire du roi de Jérusalem. Pour être reconnu comme valide par les croisés, ce serment doit respecter un protocole rigoureux, tant dans les paroles prononcées que dans les gestes accomplis. Toutefois, ce rituel entre en contradiction avec certaines pratiques propres à la tradition fatimide. Plusieurs dimensions de cette cérémonie méritent une attention particulière : quelles sont les différences culturelles perceptibles dans cette cérémonie ? Qu’impliquent-elles dans le déroulement de la négociation ? Comment est perçu cet évènement par les dignitaires fatimides ? Quelle est la sincérité du calife qui prête serment dans une langue qu’il ne comprend pas ?
La principale source utilisée pour cette étude est le récit que fait Guillaume de Tyr de cette cérémonie dans son Historia rerum in partibus transmarinis gestarum. Il la décrit de façon précise et nous éclaire de la façon donc chaque camp perçoit et interprète les attitudes et les paroles de l’autre. Ce témoignage, le seul pour cette cérémonie, met en lumière la subtilité des échanges diplomatiques, les tensions implicites qui traversent les rencontres officielles et la manière dont le cérémonial s’impose comme un véritable langage diplomatique. Des études récentes ont évoqué cette alliance, notamment celle Michael Köhler en 2013, en se concentrant sur les aspects diplomatiques et politique.
Nous avons pu conclure que, dans le contexte cette seconde moitié du XIIe siècle marqué à la fois par l’affaiblissement des États croisés et par celui du califat fatimide, l’obligation faite au calife de se plier à des usages étrangers a pu être ressentie comme une forme d’humiliation par les dignitaires fatimides. L’étude de cet épisode révèle ainsi la complexité des rapports de force, les stratégies d’influence et la manière dont paroles, gestes et mises en scène deviennent à la fois des instruments de négociation et des sources potentielles de malentendus.
Mots clés : Serment ; Diplomatie ; Cérémonial ; Croisade.






