Comment cohabite-t-on avec « Eux » ? Enquête sur les nouveaux arrivants de la Jonquera dans l’ombre de la « ciudad del pecado »

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Résumé

Cet article analyse la condition des « nouveaux arrivants » dans un territoire frontalier saturé par l’économie parallèle et le travail du sexe transfrontalier : La Jonquera, ville espagnole de l’Alt Empordà, sur l’axe Perpignan-Barcelone. Il interroge comment des populations étrangères récemment installées négocient leur place dans un espace social structuré par la présence massive des puticlubs et d’une réputation de « ciudad del pecado » qui précède et conditionne tout regard posé sur elles. La problématique centrale est la suivante : comment, dans un territoire frontalier saturé par l’économie parallèle, les nouveaux arrivants négocient-ils leur place entre une population autochtone qui leur oppose une reconnaissance conditionnelle et des travailleuses du sexe dont la proximité stigmatisante menace leur quête de respectabilité ? L’enquête repose sur une méthodologie qualitative conduite entre 2024 et 2026. Le corpus se compose de vingt-trois entretiens ouverts, complétés par quinze discussions informelles, réalisés auprès d’habitants de La Jonquera. Une phase préalable de familiarisation avec le terrain a permis de contextualiser les données et de constituer un réseau d’acteurs locaux. L’analyse porte sur deux sous-ensembles heuristiques : les autochtones, héritiers d’une mémoire locale, et les nouveaux arrivants, majoritairement d’origine étrangère, dont l’installation récente les expose à un regard spécifique dans une ville déjà marquée par l’économie du sexe transfrontalier. Les résultats révèlent des dynamiques imbriquées. Les nouveaux arrivants subissent un amalgame qui les assimile aux acteurs de l’économie parallèle, par glissement métonymique relevant d’une coloniarité du pouvoir persistante dans les marges frontalières. Face à ce stigmate, ils développent des stratégies d’acquisition d’un capital d’autochtonie – investissement scolaire, commerces de proximité, apprentissage du catalan, sociabilités locales – mais se heurtent à un plafond de verre identitaire : l’ancienneté reste hors de portée pour ceux qui ne sont pas « de toda la vida ». Enfin, la nécessité de se distinguer des travailleuses du sexe, au bas de l’échelle locale, impose un travail de respectabilité permanent (pratiques de distinction spatiale et corporelle), jamais définitivement acquis car l’amalgame menace toujours de resurgir. L’ensemble de ces dynamiques définit ce nous proposons de nommer une « position tierce » : un entre-deux irréductible aux catégories des autochtones comme à celle des travailleuses du sexe, caractérisé par une fatigue identitaire permanente. Dans les interstices de cet inconfort, des proximités inattendues et des recompositions silencieuses de l’appartenance s’esquissent néanmoins, révélant l’agentivité des acteurs. La Jonquera apparaît ainsi non comme une anomalie locale, mais comme un observatoire privilégié des tensions identitaires et des mécanismes d’exclusion à l’œuvre dans les sociétés européennes contemporaines.

Mots-clefs : Méditerranée, entre-deux, altérité, migration.

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Publiée

2026-07-15

Comment citer

MAESO , P. . (2026). Comment cohabite-t-on avec « Eux » ? Enquête sur les nouveaux arrivants de la Jonquera dans l’ombre de la « ciudad del pecado » . La Revue d’Histoire Méditerranéenne, 8(2), 79–91. Consulté à l’adresse https://univ-bejaia.dz/revue/rhm/article/view/1191