Le Printemps Berbère de 1980 : Une approche socio-anthropologique de l’événement
Résumé
Notre contribution se veut un regard socio-anthropologique sur l’événement du Printemps Berbère de 1980. Il est question, à travers elle, d’analyser ce moment historique, ancré dans la mémoire collective des populations berbérophones, comme événement. Il s’agit de le rendre intelligible en le restituant dans son contexte de production pour montrer la place qu’il occupe dans le processus historique de la lutte pour la reconnaissance de la dimension berbère dans la définition de l’identité nationale algérienne. Nous nous sommes interrogés aussi bien sur les raisons sociologique et anthropologiques que sur les conditions historiques qui ont permis son émergence dans le contexte de l’époque. De plus, l’approche par l’événement que nous adoptons ici nous impose de nous intéresser tant aux processus et mécanismes de sa construction et aux conditions de son surgissement qu’aux différentes mutations et ruptures qu’il avait opéré dans l’espace social local.
Pour ce faire, nous avons adopté une démarche empirique qui a permis de produire des données ethnographiques nécessaires à l’analyse de notre objet. Les archives consultées et les entretiens réalisés avec des acteurs qui ont fait l’événement ont permis, à travers une démarche anthropologique, à la fois de restituer à cet événement ses cadres spatio-temporels et d’intégrer la pluralité d’expériences d’acteurs dans la construction de notre analyse de ce moment. En effet, si la consultation et l’analyse d’archives produites ont aidé à la connaissance et à la compréhension des revendications des acteurs, durant cet événement, les entretiens réalisés, en revanche, permettent, à travers une reconstitution des trajectoires militantes, de mieux saisir, non seulement les méandres de l’événement, mais aussi l’avant et l’après événement, les modes d’action et les significations qui lui sont inhérentes.
Rendu possible par un processus de conscientisation et de mobilisation identitaire, dans un contexte marqué par un processus d’uniformisation de la société, le Printemps Berbère surgit de manière surprenante. Il a permis, par une large adhésion et participation qu’il a suscitées et la mobilisation qu’il a générée, une expression publique de la revendication berbère et sa construction comme revendication populaire. Cet événement caractérisé par sa nouveauté et la dynamique de son action, opère des ruptures significatives dans le contexte de sa production. Il produit de nouveaux symboles, de nouvelles idées et induits des mutations dans les manières d’être et d’agir en politique. Il produit un impact sur l’évolution des processus politiques et contribue nettement aussi bien à l’émergence de nouveaux espaces et types de socialisation politique qu’à la reconfiguration du champ public local, dans la région de Kabylie. Produit par une génération militante, cet événement constitue un point de repère, perçu comme un moment d’ouverture d’horizons du possible, dans la mémoire collective des populations berbérophones.
Mots clés : événement, action collective, engagement, acteur, socialisation, mutation






