Tiddis : symbiose urbaine entre morphogenèse numide et ordonnancement romain

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Résumé

Perchée au sommet des gorges du Rhumel en Algérie, l’ancienne cité de Tiddis offre un cas d’étude exceptionnel d’intégration de l’urbanisme numide et romain. Ce site archéologique stratifié démontre comment des civilisations successives ont adapté l’organisation spatiale à une topographie difficile et à des exigences défensives, tout en préservant l’identité culturelle.

      Les investigations archéologiques menées depuis le XIXᵉ siècle révèlent une stratification historique complexe. La phase d’occupation numide se caractérise par des habitations troglodytiques, des bazinas funéraires et un réseau viaire organique épousant le relief accidenté. La conquête romaine a introduit des transformations profondes : un cardo maximus a imposé un ordre structurel, tandis que la construction de thermes, de temples et d’un ingénieux système hydraulique illustrait la maîtrise technique romaine. Pourtant, cette romanisation n’a jamais complètement effacé les traditions indigènes, comme en témoignent la persistance des techniques de poterie numide et des pratiques de travail du cuir dans les ateliers locaux.

      La méthodologie de recherche combine trois approches : descriptive (documentation architecturale), quantitative (analyse spatiale et structurelle) et exploratoire (immersion sensorielle). Cette triangulation révèle comment la cité a su harmoniser des visions urbaines apparemment opposées  adaptation organique numide versus rigueur géométrique romaine.

      Au-delà de sa signification archéologique, Tiddis soulève des enjeux contemporains. Classé patrimoine national algérien depuis 1992, le site nécessite des mesures urgentes de conservation face à l’érosion et au tourisme non réglementé. Les stratégies de valorisation incluent des circuits pédagogiques, la promotion des métiers traditionnels et l’usage de technologies numériques pour enrichir l’expérience des visiteurs. Ces actions doivent s’inscrire dans une perspective de développement durable respectant le patrimoine culturel et les communautés locales.

      Les recherches récentes réinterprètent la romanisation nord-africaine non pas comme une simple imposition culturelle, mais comme une hybridation créative. À Tiddis, les traditions numides ont persisté dans les techniques constructives, les artisanats et certains cultes tout en s’intégrant aux cadres romains. Cette lecture renouvelle notre compréhension des dynamiques culturelles antiques et ouvre de nouvelles pistes pour la valorisation du patrimoine maghrébin préromain.

      En définitive, Tiddis dépasse les catégories archéologiques conventionnelles pour apparaître comme un véritable laboratoire de résilience urbaine, de dialogue interculturel et de gestion durable du patrimoine. Son étude appelle à un approfondissement des recherches sur l’urbanisme numide, longtemps éclipsé par les vestiges romains plus spectaculaires. Une reconnaissance internationale, notamment via une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, permettrait de sauvegarder ce témoignage unique tout en affirmant sa valeur universelle. Entre passé et présent, entre traditions locales et influences globales, Tiddis continue d’enseigner comment une ville peut évoluer sans sacrifier son identité profonde.

Mots-clés : ville antique ; hybridation ; numide ; romain.

Publiée

2026-01-05

Comment citer

ZOUAOUI , S. (2026). Tiddis : symbiose urbaine entre morphogenèse numide et ordonnancement romain. La Revue d’Histoire Méditerranéenne, 7(2), 36–50. Consulté à l’adresse https://univ-bejaia.dz/revue/rhm/article/view/746