Contes kabyles, patriarcat et mythes dans l’étude de Camille Lacoste-Dujardin.
Résumé
Le conte « tamacahut », en Kabylie était un récit vivant, répété lors des veillées par les femmes. Jusqu’au début du XXème siècle, le conte en milieu rural assurait des fonctions. Le conte incarne en Kabylie le bien dire, la performance littéraire des femmes dans une langue vouée à l’oralité. Camille Lacoste-Dujardin n’envisage pas une collecte de contes sans référence au contexte de production de ces expressions. Dans l’ouvrage « le conte kabyle. Etude ethnologique paru aux éditions Bouchéne en 1991, Camille Lacoste Dujardin entreprend l’analyse des contes du XIXéme siècle, des contes conçus par le groupe à son propre usage dans la langue d’origine, dans une perspective anthropologique. Les contes « Mqidec », « Mhammed Ajjaj » et le conte de la mère dénaturée qui sont un hymne à la virilité et de la façon dont les mères honorent le patriarcat ont été particulièrement sollicités.
Si Camille Lacoste Dujardin n’a pas eu accès aux enquêtes de terrain dans la Kabylie en guerre, Quelles méthodes a-t-elle privilégiées pour étudier les changements intervenus dans ces communautés villageoises de Kabylie? Dans quelles mesures, les nombreux détours qu’elle a opérés lui ont-ils permis de transcender les pressions idéologiques de la colonisation ?
Camille Lacoste-Dujardin opère des recoupements entre oralité et écriture, avec des contes d’autres régions d’Algérie, des villes comme Blida(Desparmet). Elle étend ses comparaisons au bassin méditerranéen, au Maghreb (Laoust au Maroc), à la Corse et la Grèce. Les contes dévoilent une mise en ordre du monde, le système de valeurs du groupe, la coexistence de systèmes conceptuels concurrents (contes paysans/contes politiques), de tensions sociales internes (mécanismes d’acculturation et de contre acculturation).
Elle classe une typologie des contes selon la méthode des folkloristes, genres, thématiques et discours. Elle opère des recoupements entre versions orales et versions écrites.
Nous allons retracer en nous basant sur son ouvrage « le conte kabyle » et critiquer dans cet article la méthode de Camille Lacoste Dujardin qui utilisait l’outil linguistique comme les formalistes tout en prenant en compte le contexte de production des narrations et qui traitait de l’oralité en se référant aux versions écrites des contes comme les orientalistes. Cette posture critique permet d’éclairer des pans de significations que Camille Lacoste Dujardin n’a pas abordés, ses outils étaient voués à la dénotation.
Nous allons voir que les conteuses expriment à travers le déroulement de leurs narrations face au groupe domestique et à leur progéniture une opposition au patriarcat rigide alors que les belles-mères veillent scrupuleusement à sauvegarder la représentation de l’homme défenseur de la femme et du foyer dont il assure la fécondité. Nous allons voir que Camille Lacoste Dujardin dans son analyse a défriché les signifiés, la dénotation en œuvre dans les contes tout en référant aux symboles. Ce qui ouvre la voie à l’aide d’enquêtes de terrain de s’aventurer dans la dimension mythique et de ses transformations.
Mots clés : Contes kabyles, oralité, mythe, patriarcat.






