Les dieux locaux, les dii patrii et les dii mauri : Entre enclavement et rayonnement
Résumé
Les recherches sur les piétés africaines ont donné lieu à une riche littérature, qui a tenté de cerner, par la recherche de systèmes d’équivalences avec les cultes gréco-latins et orientaux, les modes d’expression des cultes en Afrique romaine ainsi que les mécanismes qui les régissent. Il en a résulté une quantité importante et surtout diversifiée de facteurs ayant pu modeler ou remodeler une divinité ainsi que le lieu et les instruments de son culte. Les dieux portant des noms locaux ou désignés sous des formules globalisantes telles que mauri et patrii demeurent néanmoins teintés de mystère, bien que l’idée dominante les identifient à de petits génies des lieux, gouvernant des espaces relativement restreints.
Une nouvelle approche a toutefois progressivement fait son chemin durant les dernières décennies, apportant un regard nouveau sur le fait religieux africain, à travers une révision et intégration des recherches précédentes à une démarche désormais axée sur les notions de paysages et de dynamisme. C’est notamment le cas pour les monuments et pratiques rituelles relatifs au dieu Baal-Saturne où se distingue l’importance devant être accordée aux principes de rencontre, de continuité mais tout autant, de recul et de rupture. La diversité des scenarii y a, par exemple, mis en avant différentes configurations spatiales relatives à l’implantation des sanctuaires (contiguïté - superposition – distance). La contextualisation rigoureuse du paysage religieux est un autre fait important dans cette nouvelle approche du fait religieux et qui se base sur une lecture diachronique, elle-même fondée sur une documentation rigoureuse des vestiges en contexte. En effet, les remaniements, même minimes, repérés sur un monument, un objet ou dans la configuration d’un espace cultuel (qu’il s’agisse du monde des vivants ou des morts), constituent autant de repères permettant de dresser un bilan des micro-chronologies et des changements y afférents. L’idée de stagnation des cultes africains s’en trouve déjà modifiée. Cette approche reste, toutefois, globalement axée sur les mondes punique et romain.
Cet article se propose, à travers quelques exemples de dieux locaux, d’explorer les notions de topos et d’influence restreinte, ainsi que la nature du rapport pouvant lier les dii loci, patrii et mauri. La problématique peut être formulée ainsi : L’autorité locale d’un dieu ou d’un panthéon exclut-elle un rayonnement dépassant les limites du locus qui les abrite ? Pouvons-nous distinguer dii patrii et mauri, sans toutefois les dissocier ? Notre corpus est principalement épigraphique mais inclut également l’ensemble des données matérielles disponibles et, dans la mesure du possible, les mouvements tribaux et les caractéristiques du territoire qui abrite ces entités divines. Étant donné la diversité des contextes (territorial, géographique et chronologique), une méthodologie analytique fut privilégiée. Les réflexions autour de ces questions nous ont permis de constater qu’une divinité vénérée dans une localité restreinte, peut avoir eu un rayonnement largement plus important, confinant éventuellement au provincial, de même qu’un rapport mieux défini peut être envisagé entre dii loci, patrii et mauri.
Mots clefs : panthéon, patrii, mauri, Afrique






