A propos d’un monument funéraire inédit à Beni Salah (Guelma, Algérie): Un témoignage archéologique de l’interaction entre le substrat libyco-numide et les cultures méditerranéennes
Résumé
L’article présente l’étude d’un monument funéraire inédit découvert dans la forêt de Beni Salah, au nord-est de Guelma, dans une zone rurale encore peu explorée par les chercheurs en archéologie. Ce monument creusé dans la roche découvert lors de prospections récentes, est un témoin des différentes interactions culturelles entre les traditions locales et les influences méditerranéennes, en particulier puniques et romaines
Taillé dans un impressionnant bloc de grès, le monument mesure environ 1,90 m de hauteur et 2,24 m de largeur. Il se compose de trois stèles anthropomorphes sculptées en façade et associées à une table d’offrandes comportant sept cupules destinées aux libations et aux pratiques rituelles. Les stèles présentent des visages stylisés inscrits dans des niches surmontées de frontons triangulaires décorés d’un croissant lunaire et de palmes. Sur le côté gauche de la première stèle figurent plusieurs mains sculptées en bas-relief.
L’analyse iconographique met en évidence un riche répertoire symbolique. Le croissant lunaire, très fréquent dans les traditions funéraires nord-africaines, renvoie aux croyances astrales, et à l’élévation de l’âme. La palme symbolise quant à elle la victoire sur la mort, l’immortalité et la prospérité. Les représentations de mains possèdent une fonction protectrice et apotropaïque largement attestée dans les traditions africaines antiques. Ces symboles iconographiques sont un mélange entre les cultures autochtones et les cultures puniques et romaines, qui révèlent un syncrétisme religieux.
La schématisation des stèles montre bien la continuité des traditions locales qui préfèrent les représentations simples des traits de visages qui est une caractéristique de l’art libyque tout en adoptant d’autres éléments architecturaux inspirés du modèle romain ,tel le fronton triangulaire. cet alliage entre les cultures locales et les cultures méditerranéennes illustre bien le processus d’acculturation qui s’est fait de façon progressive dans les zones rurales de l’Afrique antique
Nous proposons deux interprétations principales du monument. La première : un monument familial destiné à commémorer plusieurs membres d’un même groupe, probablement organisés selon une hiérarchie sociale visible dans les dimensions et la disposition des stèles. La seconde : l’existence d’un culte des ancêtres, où le personnage principal aurait joué un rôle de médiateur entre les vivants et les morts, transformant progressivement le lieu funéraire en espace cultuel.
Faute de données stratigraphiques ou épigraphiques, la datation repose sur des comparaisons stylistiques et iconographiques. Le monument est attribué à une période comprise entre l’Ier et le IIIe siècle apr. J.-C.
La découverte de ce monument est un apport important qui montre bien la continuité des traditions locales dans un milieu romanisé et invite à des recherches dans le futur pour mieux comprendre les changements culturelles du monde rural antique
Mots clefs : monument funéraire rupestre, Beni Salah(Guelma), libyco-numide, syncrétisme religieux






