Monnayer le sacré: Médailles de culte et identité religieuse en Asie Mineure antique
Résumé
Cet article examinera comment la monnaie fonctionne comme un médium stratégique par lequel les cités d’Asie Mineure romaine ont articulé, stabilisé et transmis des identités religieuses locales au sein des réseaux interconnectés de la Méditerranée. Se.concentrant sur l’imagerie numismatique représentant Artémis Pergaea à Pergé et Artémis Ephesia à Éphèse, il introduit le concept du « coin-icon », c’est-à-dire la transformation des statues de culte formes visuelles portables et reproductibles capables de circuler au-delà de leur contexte rituel d’origine. Nous aborderons une tension fondamentale entre des traditions de culte profondément locales et les systèmes visuels de plus en plus standardisés qui s’étaient développés sous les dominations grecque et romaine, notamment l’image panhellénique largement reconnaissable d’Artémis en chasseresse. Tandis que la littérature et l’art monumental stabilisaient un type divin partagé, la production monétaire municipale permettait aux autorités urbaines d’inscrire des images distinctives de culte dans des systèmes d’échange plus larges sans compromettre leur lisibilité.
Nous adopterons une méthodologie interdisciplinaire qui mettra ensemble l’analyse numismatique, l’analyse visuelle issue de l’histoire de l’art, et des cadres théoriques empruntés à la sémiotique, à la théorie des images et aux études de la mémoire culturelle. Les monnaies seront examinées non seulement comme des instruments économiques, mais comme des objets visuels dont l’efficacité repose sur la répétition, la mobilité et la reproduction sérielle. En nous appuyant sur la théorie de l’agentivité des images d’Alfred Gell et sur le concept de mémoire culturelle de Jan Assmann, nous soutiendrons que les coin-icons ne reproduisent pas les statues cultuelles, mais réorganisent leur efficacité sociale et religieuse dans des conditions de circulation. Par leur manipulation répétée et leur rencontre visuelle, les images monétaires stabilisent les associations entre la cité et la divinité à travers le temps et l’espace, créant des liens durables entre l’identité sacrée et l’autorité urbaine.
L’analyse met en évidence deux stratégies distinctes. À Pergé, la monnaie transforme un objet cultuel aniconique—le bétyle d’Artémis Pergaea—en un emblème reconnaissable intégré aux systèmes monétaires impériaux. À Éphèse, l’imagerie numismatique médiatise la relation entre un type divin largement reconnaissable et une statue locale et singulière de culte, grâce à des signes visuels superposés, incluant l’abeille, l’Artémis chasseresse et la figure cultuelle frontale. Dans les deux cas, la monnaie fonctionne comme un médium de diplomatie visuelle, permettant aux communautés d’affirmer leur continuité religieuse et leur identité tout en participant aux réseaux impériaux. Ainsi, la coin-icon révèle comment les traditions locales de culte opérèrent dans une Méditerranée caractérisée par la convergence culturelle, où des systèmes visuels partagés facilitaient la communication tout en préservant des différences régionales significatives.
Mots clefs : monnayage provincial romain; Artémis; images de culte; Asie Mineure






