Le style exotique dans la littérature de voyage anglaise et son rôle dans la construction de l'image historique de la société maghrébine aux XVIIIe et XIXe siècles : Une lecture critique

Auteurs

Résumé

   Cette étude examine la littérature de voyage anglaise en tant que source historique permettant de comprendre la manière dont les images stéréotypées des États maghrébins ont été construites au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Ces deux siècles ne présentaient nullement un caractère uniforme : le XVIIIe siècle vit les États maghrébins évoluer en dehors de toute domination coloniale européenne directe, tout en étant progressivement intégrés dans un cadre orientaliste encore en voie de constitution ; le XIXe siècle, en revanche, fut marqué par une intensification aiguë de la rivalité coloniale européenne, donnant naissance à des discours stéréotypés figés qui se mirent délibérément au service de l'ambition coloniale. C'est dans ce contexte que l'étude soulève la question suivante : de quelle manière les écrivains anglais ont-ils mobilisé le mode exotiste pour produire un discours colonial ayant dénaturé l'identité historique des États maghrébins et ancré dans la conscience européenne un portrait dégradant de l'individu, du paysage et du passé maghrébins ?

   L'étude articule des perspectives littéraires, sociologiques et historiques, appréhendant les récits de voyage non comme de simples documents historiques transparents, mais comme des constructions discursives et littéraires façonnées par les conditions idéologiques et sociales de leur époque. Sa méthode repose sur la lecture critique des textes historiques, visant à mettre au jour les stratégies dissimulées sous une apparence de neutralité. Le corpus primaire se compose de récits de voyageurs anglais, notamment Pellow, Tully, Shaw, Hamilton, Broughton, Leared, Wingfield et Trotter. L'ancrage théorique s'appuie sur les travaux d'Edward Said, Homi Bhabha, Mary Louise Pratt et David Spurr. L'étude s'articule autour de quatre axes : le premier retrace l'émergence historique de l'exotisme et sa transformation progressive d'un dispositif esthétique en instrument politique ; le second analyse la manière dont les images stéréotypées ont été élaborées dans les descriptions de la géographie, de l'espace urbain et de la figure humaine ; le troisième examine la dérive idéologique vers ce que l'on pourrait qualifier d'« exotisme justificatoire » au XIXe siècle ; et le quatrième s'interroge sur les conséquences durables de cette littérature pour la déformation de la mémoire historique des États maghrébins.

   L'étude conclut qu'une part considérable de la littérature de voyage anglaise consacrée aux États maghrébins a fonctionné comme une composante structurelle d'un dispositif politico-épistémique ayant légitimé les projets coloniaux et consolidé des stéréotypes figés sur l'Autre maghrébin. À travers les stratégies conjuguées de l'exotisme, de l'orientalisme et du primitivisme, ces textes ont participé à un projet de domination symbolique dont les traces n'ont pas entièrement disparu du discours académique occidental. L'étude appelle dès lors à des lectures critiques et émancipatrices de ce corpus — des lectures susceptibles de restituer ce que la représentation coloniale s'est si longuement appliquée à occulter.

Mots-clés : Littérature de voyage — Style exotique — Discours colonial — Mémoire historique maghrébine

Publiée

2026-07-15

Comment citer

DJILALI ZOURGUI , W. . . (2026). Le style exotique dans la littérature de voyage anglaise et son rôle dans la construction de l’image historique de la société maghrébine aux XVIIIe et XIXe siècles : Une lecture critique. La Revue d’Histoire Méditerranéenne, 8(2), 213–227. Consulté à l’adresse https://univ-bejaia.dz/revue/rhm/article/view/1202