Lecture des mémoires d'Ahmed Effendi Al-Jazairi : Comment les Français sont-ils entrés en Algérie ?
Résumé
Cette étude examine les mémoires d’Ahmad Affendi al-Jazāʾirī en tant que source historique principale et relativement inexplorée pour comprendre la rupture diplomatique entre l’Algérie ottomane et la France, qui culmina avec l’incident du chasse-mouches du 29 avril 1827 et conduisit finalement à l’occupation française de l’Algérie en 1830. La recherche vise à réévaluer l’interprétation historiographique dominante de cet événement, généralement fondée sur les archives diplomatiques françaises ainsi que sur les écrits d’auteurs algériens appartenant à l’élite, tels que Hamdan Khodja et le cheikh al-Sharif al-Zahhar, tout en marginalisant le témoignage d’Ahmad Affendi, qui occupait un poste administratif et religieux intermédiaire au sein de la Régence ottomane d’Alger. La problématique centrale de cette étude consiste à déterminer dans quelle mesure les mémoires d’Affendi proposent une interprétation originale et crédible de la crise diplomatique entre Hussein Dey et le consul français Pierre Duval, et comment ce témoignage permet de compléter ou de corriger le récit colonial traditionnel relatif aux origines de l’occupation.
L’étude adopte une méthodologie historique qualitative fondée sur l’analyse textuelle comparative, la critique des sources et l’interprétation contextuelle. Le corpus de la recherche est constitué principalement des mémoires d’Ahmad Affendi al-Jazāʾirī, ainsi que de la correspondance diplomatique française, des mémoires de Hamdan Khodja et d’al-Sharif al-Zahhar, et d’un ensemble d’études consacrées à l’Algérie ottomane tardive et aux relations franco-algériennes. À travers l’examen comparatif de ces documents, l’étude met en évidence plusieurs éléments originaux dans le récit d’Affendi, notamment son affirmation selon laquelle le consul Duval aurait tenté de dégainer son épée lors de sa confrontation avec Hussein Dey, son récit de l’intervention d’Ibrahim fondée sur les principes juridiques islamiques protégeant le mustaʾmin, ainsi que sa description critique du climat administratif et politique ayant précédé l’invasion française.
Les résultats de l’étude montrent que les mémoires d’Affendi constituent un témoignage autochtone important susceptible d’enrichir l’historiographie de l’Algérie moderne en proposant une perspective différente des récits coloniaux officiels et des écrits réformistes de l’élite. Les mémoires révèlent que la rupture diplomatique de 1827 ne peut être réduite à une simple altercation personnelle symbolisée par l’incident du chasse-mouches, mais doit être comprise dans un contexte politique, juridique et diplomatique plus large, marqué par les ambitions expansionnistes françaises et les tensions croissantes au sein de l’Algérie ottomane. L’étude conclut enfin que le témoignage d’Ahmad Affendi représente une source historique précieuse qui mérite une analyse critique approfondie dans les recherches futures consacrées aux origines de l’occupation française de l’Algérie.
Mots clefs : mémoires, Ahmed Effendi, Algérie, occupation ottomane et française.






