Le rôle des manuscrites dans l’écriture de l’histoire de l’Algérie pendant la période ottomane 1519-1830

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Résumé

Cette recherche explore l'importance des manuscrits algériens rédigés pendant l'époque ottomane (du XVIe siècle au milieu du XIXe siècle) dans l'élaboration et la diffusion de l'histoire locale. L'objectif principal est de valoriser la richesse de ce patrimoine écrit, d'en cerner les contributions et les contraintes, et de déterminer les qualifications nécessaires aux chercheurs pour en faire une exploitation scientifique. Le problème principal peut être résumé en une double interrogation : comment, malgré leur caractère rare et éparpillé, ces manuscrits peuvent-ils témoigner des réalités politiques, sociales et culturelles de l'Algérie sous le règne ottoman? Et dans quelle mesure représentent-ils une ressource essentielle qui comble les insuffisances des archives étrangères ?

L'approche méthodologique fusionne les techniques d'analyse et de description. L'aspect descriptif vise à inventorier et à caractériser les manuscrits en fonction de leur forme et de leur contenu, alors que l'aspect analytique et comparatif se concentre sur le style, le vocabulaire et le processus de création, ainsi que sur les contextes d'écriture, les sources consultées (poésie, versets coraniques, hadiths, documents administratifs, récits de voyage) et le niveau de subjectivité ou d'objectivité des auteurs. L'ensemble de documents inclut des manuscrits gardés à la Bibliothèque nationale d'Algérie, dans les bibliothèques des zawiya et dans des collections privées, et également au sein d'organismes internationaux tels que la Bibliothèque Süleymaniye à Istanbul, la Bibliothèque Khizana al-Hassania à Rabat et la Bibliothèque Abdaliya à Tunis. Il considère aussi les apports des orientalistes français qui ont traduit et édité divers textes postérieurs à 1830.

Les conclusions de l'étude montrent que les manuscrits algériens offrent un aperçu inestimable de la dynamique historique de cette période. Ils consignent des faits militaires notables (la prise de Grenade, les campagnes en Espagne, la libération d'Oran), des évolutions politiques (liaisons avec le Califat ottoman, insurrections locales), et également l'aspect social et culturel (migration andalouse, rites soufis, traditions de mariage, incidents épidémiques). Leur manière de rédiger, souvent empreinte de rhétorique et d'expressions sacrées, met en lumière la tradition andalouse et révèle une subjectivité marquée, oscillant entre soutien et remise en question de l'autorité. Néanmoins, cette subjectivité ne réduit en aucun cas leur valeur documentaire ; au contraire, elle met en exergue l'identité, les ressentis et les représentations partagées de la société algérienne durant la période ottomane.

Pour conclure, ces manuscrits constituent un outil indispensable pour les chercheurs en histoire : ils augmentent les archives officielles, mettent en lumière les voix locales souvent négligées dans les narrations étrangères et ouvrent des horizons inédits pour l'étude de la culture, de l'idéologie et de la mémoire algériennes. Toutefois, pour une mise en œuvre scientifique réussie, il est indispensable de collecter, authentifier et mettre en contexte ces données afin d'assurer leur conservation et leur pertinence dans l'histoire nationale.

Mots-clés : Manuscrits, Algérie, période ottomane, écriture historique.

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Publiée

2026-01-05

Comment citer

CHAREF, R. (2026). Le rôle des manuscrites dans l’écriture de l’histoire de l’Algérie pendant la période ottomane 1519-1830. La Revue d’Histoire Méditerranéenne, 7(2), 22–35. Consulté à l’adresse https://univ-bejaia.dz/revue/rhm/article/view/745