Expressions de justice sociale en Mésopotamie : Etude du code de Hammurabi (inscription du XVIIIe siècle AEC)
Résumé
Peu de documents écrits relatent avec autant d’ampleur l’évolution de la régulation sociale et des conceptions de la justice en Mésopotamie ; le Code de Hammurabi, proclamé par un roi babylonien au XVIIIe siècle AEC, en constitue l’exemple emblématique. Gravé en cunéiforme sur une stèle de pierre, ce corpus juridique réunit 282 articles couvrant des volets politiques, économiques et sociaux. Par la codification, l’objectif premier de Hammurabi était d’asseoir les relations sociales sur la justice et l’équité. L’étude poursuit deux axes complémentaires. D’une part, elle examine comment les variables politiques, sociales, économiques et religieuses ont façonné l’évolution de normes destinées à garantir la justice sociale, comme l’illustre la législation hammourabienne.
D’autre part, elle évalue les effets plus larges de l’unification du droit sous le règne de Hammurabi, en particulier la manière dont la centralisation de l’autorité royale a contribué à la promotion de la justice et de l’équité, au renforcement de la stabilité familiale et à la sécurité du pays. Plusieurs questions guident l’enquête : quelles motivations et quels objectifs ont conduit Hammurabi à fondre ses statuts en un corpus unique et autoritatif? Comment ce dispositif normatif a-t-il servi de vecteur de publicité des décrets royaux et de mise en ordre sociale ? Pourquoi le législateur a-t-il privilégié les châtiments corporels, la logique rétributive et les peines capitales ? Faut-il y voir la condition jugée nécessaire pour inscrire justice et égalité au cœur de la société mésopotamienne ? Sur le plan méthodologique, la démarche descriptive présente l’architecture et les thèmes du Code ; l’analyse resserrée interroge l’articulation des principes de justice ; la comparaison met en regard ce corpus avec des ensembles antérieurs, notamment les collections suméro-akkadiennes (XXXIIe–XXe siècles av. n. è.).
L’étude progresse en quatre étapes. Elle ouvre sur un panorama de l’essor civilisationnel de la Mésopotamie, envisagé dans ses cadres géographiques et ethno-politiques. Elle retrace ensuite, à grands traits, l’histoire de la découverte archéologique de la stèle de Hammurabi, puis esquisse le portrait du souverain en législateur. Enfin, l’analyse se concentre sur deux ensembles normatifs : d’une part, les règles relevant aujourd’hui du « statut personnel » ; d’autre part, les dispositions qui encadrent l’échange, les contrats et la propriété.
Certains articles paraissent d’une grande sévérité, notamment lorsqu’ils prévoient le châtiment corporel ou la peine capitale. Replacés dans leur contexte, ils visent pourtant à contenir la violence privée, à la canaliser vers des procédures publiques et à borner l’exercice de la contrainte. À plusieurs endroits, le texte ménage aussi des protections en faveur des parties vulnérables. Il ressort de cette lecture que le Code constitue une source majeure pour comprendre l’ordonnancement social des premières sociétés complexes. Ses clauses donnent accès à des pratiques juridiques anciennes et à un héritage normatif durable. À ce titre, ces entreprises législatives ont contribué à façonner des idées que l’on retrouve, bien plus tard, dans des chartes internationales et des cadres institutionnels contemporains. Certaines peines paraissent sévères, surtout lorsqu’elles prévoient le châtiment corporel ou la peine capitale. Elles visent toutefois à canaliser la violence privée, à limiter les abus de pouvoir et à ménager, dans plusieurs cas, une protection aux plus vulnérables.
À ce titre, le Code demeure un observatoire privilégié des pratiques et des idées juridiques d’une société complexe. Il donne prise sur des expériences anciennes et un important héritage normatif. On y discerne aussi des correspondances de principe avec des formulations que l’on verra, bien plus tard, consacrées par des chartes internationales et des dispositifs institutionnels contemporains.
Mots-clés : Mésopotamie ; Code de Hammurabi ; écriture cunéiforme ; civilisation babylonienne.






